« 27 novembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 181-182], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10145, page consultée le 06 mai 2026.
27 novembre [1836], dimanche, 11 h. le matin
Bonjour, cher bien-aimé, j’ai passé la nuit la plus mauvaise qui se puisse faire.
Ce
matin je me sens mieux, mais je suis bien courbaturée.
Je t’aime, mon cher
adoré. Cette nuit je t’en ai donné plus d’une preuve, c’était d’autant plus méritoire
à moi que je souffrais horriblement et que je n’avais plus la tête à moi.
La
bonne est revenue de chez Mme Pierceau, elle a rapporté le manteau de ma Claire.
M. P… viendra aujourd’hui s’il ne pleut pas dans la journée. Cela n’empêchera pas,
si
tu peux me faire sortir, de prendre un peu d’air tantôt, outre fatiguée que je suis,
je vais me lever pour être prête.
Que je t’aime mon grand et noble Victor.
D’autres te le diront mieux que moi, mais personne ne le sentira aussi bien. Tout
ce
que M. V.1 pense de toi, tout ce que le monde entier admire,
moi j’en fais mon culte, ma religion. Tu es pour moi plus que Dieu lui-même, tu es
mon
amant adoré bonjour, bonjour, bonjour.
Elle est bien mareuleuse2 la VIEILLEa Juju, de n’avoir pas eu l’ombre de son Toto ce matin. Pour se consoler elle l’attend
très tôt très tôt, ce qui fait qu’elle garde tous ses baisers pour les donner en nature à [illis.].
J.
1 Peut-être le jeune Auguste Vacquerie, qui, à dix-sept ans, entre en contact avec Victor Hugo en lui déclarant son admiration, et que Hugo complimente sur ses vers.
2 Néologisme pour « malheureuse ».
a « vielle ».
« 27 novembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 183-184], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10145, page consultée le 06 mai 2026.
27 novembre [1836], dimanche soir, 3 h. ¼
Toute endolorie et encore toute souffrante, je m’étais levée pour m’apprêter dans
le
cas où tu serais venu me prendre, précaution inutile. Voici la nuit venue et le soleil
parti sans que j’aie pu mettre le pied dans la rue. Je ne me plains pas de toi parce
que je suis sûre que ce n’est pas ta faute, mais je me plains du hasard qui s’oppose
pendant trois cent cinq jours de l’année à ce que je profite d’un seul petit rayon
de
soleil. Il m’est bien permis de bougonner après le hasard peut être.
J’attends
Mme P.1… mais ce que j’attends avec impatience, c’est vous mon cher
adoré, c’est bien vous méchant petit homme, qui n’êtes pas venu me voir ni cette nuit
ni ce matin. Cependant cela m’aurait fait grand bien car j’étais à moitié morte.
Je vous aime, mon petit Toto. Vous ignorez ce fait, je vous l’apprends. Je ne crois
pas que cela vous importe autant qu’à moi, mais c’est pour la vérité de la chose que
je vous le dis.
En attendant qu’il plaise à votre gracieuse majesté de venir, je
me permets de déposer dans les poches de sa redingote le trop plein de mon amour.
Vous voici : tant mieux.
J.
1 Vraisemblablement Mme Pierceau.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
